Chez Stephen KREITZ 

chaque tableau provient d’un lent cheminement, d’une succession de strates
qui couvrent et recouvrent les précédentes, mais qui, loin d’occulter les précédentes,
au contraire les dévoilent.
Grattages, essuyages, jets, permettent aux précédentes empreintes d’affleurer,
de ressurgir par bribes à la surface de l’œuvre comme les souvenirs anciens remontent à nos esprits.

Le temps, thème central de ses recherches, qui forge l’être humain et forge la croûte terrestre.
Car on est tenté de parler terre, écorce, minéral.
Et ce serait justifié puisque Stephen utilise principalement des matériaux naturels : sables, terre, pigments, ocres, oxydes et rouille.
Rouille, surtout, qu’il « élève » patiemment dans chaque coin de son atelier.

Mais il faut aller plus loin, car l’emploi du minéral ne sert qu’à exprimer une sensibilité exacerbée, si humaine dans ses déchirements violents.

Quand on voit Stephen KREITZ, toujours revenant sur ses toiles, toujours modifiant, cachant ce qu’on avait cru saisir,
on voudrait retenir le temps, l’arrêter.
Mais rien n’y fait, comme la vie passe inexorablement sur l’homme, il exige de ses toiles de subir ses attaques,
ses meurtrissures pour enfin les révéler.

Il y a de la violence dans son travail, de la dérision aussi, et la surprise au bout du compte de ressentir finalement
cette douceur toujours présente dans la lumière sourde.

Christel IEHLE
christel-iehle.odexpo.com